Le PIMENT antillais de A Ă  Z đŸŒ¶

3 octobre 2017 - 1,558 vues

C’est Christophe Colomb qui, au retour de son premier voyage, introduisit le piment, petit fruit originaire de l’AmĂ©rique Centrale, en Espagne. Il le lance ainsi Ă  la conquĂȘte du monde. Mais l’ancrage du piment dans la culture culinaire antillaise n’a pas attendu cette intervention europĂ©enne. Histoire abrĂ©gĂ©e et usages divers, je vous dis tout sur le piment… y compris comment en Ă©teindre le feu.

Piments végétariens - copyright Tatie Maryse

 

1. Capsicum, le piment à la conquĂȘte du monde

Le piment aurait Ă©tĂ© domestiquĂ© il y a plus de 7 000 ans en AmĂ©rique Centrale. À l’heure de la dĂ©couverte des AmĂ©riques par les EuropĂ©ens, les AztĂšques en ont dĂ©jĂ  crĂ©Ă© de nombreuses variĂ©tĂ©s de formes, couleurs, saveurs et intensitĂ©s diverses. Le piment entrait alors notamment dans la composition d’une boisson au cacao appelĂ©e xocoatl.
Par ailleurs la plante s’est naturellement dispersĂ©e en AmĂ©rique du Sud.

Un demi-siĂšcle aprĂšs son introduction en Europe, le piment avait conquit le monde : il est aujourd’hui cultivĂ© en Afrique, en Inde (1er producteur et exportateur mondial), en Asie tropicale… et mĂȘme, en Europe centrale et au Moyen-Orient.
Il a terminé son tour du monde en revenant en Amérique au XVIIe siÚcle, dans les bagages des immigrants.

 

piment végétarien antillais Martinique

 

Aux Antilles, les populations indigĂšnes connaissent trĂšs bien le piment, qu’elles appellent ati, lorsque les europĂ©ens y dĂ©barquent. Les chroniqueurs de l’Ă©poque rapportent par exemple que les « Indiens » accompagnent leurs repas d’une sauce au piment. C’est donc d’abord avec la colonisation amĂ©rindienne que le piment a conquis les Antilles, en remontant d’Ăźle en Ăźle depuis le bassin de l’OrĂ©noque (VĂ©nĂ©zuela).

 

2. Le piment : une pharmacie dans le jardin

Il ne s’agit pas de vous livrer ici un conseil pharmaceutique. Mais cette petite revue du piment serait trop incomplĂšte si je ne mentionnais pas tout de mĂȘme quelques usages, parfois trĂšs anciens, pour soigner petits et gros bobos.

 

piment herbes médicinales Martinique

 

DĂ©jĂ , les amĂ©rindiens l’utilisait pour soigner des affections oculaires et cutanĂ©es. Et accessoirement, le piment participait au cocktail empoisonnĂ© dont ils enduisaient leurs flĂšches.

Les grands-mĂšres caribĂ©ennes connaissaient aussi ses propriĂ©tĂ©s digestives et diurĂ©tiques. Elles en prĂ©paraient par ailleurs des lotions pour soigner les rhumatismes. Du fait de ces propriĂ©tĂ©s bactĂ©ricides, le piment est Ă©galement utilisĂ© pour soigner les panaris et les furoncles ; et encore les Ă©tats grippaux, les maux de gorge et bien d’autres.
Depuis peu, on le soupçonne mĂȘme de protĂ©ger contre certains cancers et contre les accidents vasculaires cĂ©rĂ©braux (AVC).

 

piment antillais Martinique

â„č Un principe actif : la capsaĂŻcine. C’est cette substance qui, selon sa concentration, dĂ©termine la « force » du piment, l’intensitĂ© du piquant. C’est aussi elle qui serait Ă  l’origine des propriĂ©tĂ©s stomachiques, antiseptiques, bactĂ©ricides, diurĂ©tiques, et potentiellement anticancĂ©reuses. Dans le piment, la capsaĂŻcine est plus concentrĂ©e dans les graines et les membranes blanches que dans la pulpe. En les retirant, on en rĂ©duit la force.

 

CÎté nutrition aussi le piment a tout bon. Il est trÚs riche en vitamines C (en particulier les variétés rouges) et en anti-oxydants.
Attention tout de mĂȘme : sa consommation peut accentuer les crises hĂ©morroĂŻdaires – oui, bon, c’est pas trĂšs sexy tout ça 😅 mais j’ai dit que j’allais tout vous dire, non ?

 

3. Des goĂ»ts et des couleurs… pour le bonheur des gourmets

Chez nous ils s’appellent piment vĂ©gĂ©tarien, piment crĂ©ole, tĂ©tĂ© nĂ©grĂšs, bonda Man Jak, piment oiseau – du plus doux au plus fort, selon moi.

 

Bouquet garni et piments

 

â„č Piment vĂ©gĂ©tarien ? Cette appellation singuliĂšre dĂ©signe chez nous un petit piment trĂšs doux, Ă  la saveur lĂ©gĂšrement sucrĂ©e Ă  maturitĂ©. Il constitue, avec l’ail, l’oignon, l’oignon-pays et persil, la base de nos assaisonnements.

 

 

En fait, il en existe plus de 200 variĂ©tĂ©s dans le monde, dont les variĂ©tĂ©s consommĂ©es se rĂ©partissent entre trois espĂšces principales. Si chez nous ils sont surtout rouges ou bruns Ă  maturitĂ©, il en existe aussi des verts, jaunes, roses, violets, et mĂȘme presque noir. Leurs saveurs sont aussi trĂšs variĂ©es : sucrĂ©, aux parfums fruitĂ©s, au goĂ»t de noix ou de noisette… et du plus doux mangeable cru au plus piquant, voire carrĂ©ment « enragĂ© » comme le piment oiseau ou le piment de Cayenne.

 

â„č En cas d’incendie, pas de panique ! Oubliez l’eau et le sucre, parfaitement inutiles. Trois extincteurs sont particuliĂšrement efficaces pour attĂ©nuer le feu du piment :
– boire un citron pressĂ© : l’aciditĂ© du citron augmente la salivation et donc le nettoyage de la langue ;
– manger de la mie de pain : la mie agit un peu comme une Ă©ponge qui capture la capsaĂŻcine ;
– manger un produit laitier : les fromages en particuliers, pauvres en eau et qui concentrent donc les graisses et protĂ©ines du lait qui « dĂ©tachent » la capsaĂŻcine de la langue et la sĂ©questrent. EfficacitĂ© Garantie !

 

piments cuisine antillaise

 

Dans la culture culinaire antillaise, hĂ©ritage mĂ©tissĂ© de traditions amĂ©rindiennes et d’apports de l’immigration en provenance de pays oĂč il Ă©tait aussi bien connu, le piment est quasiment omniprĂ©sent. Dans les mĂ©langes d’Ă©pices, les sauces, les vinaigrettes (cliquez ici pour notre recette de vinaigrette au piment vĂ©gĂ©tarien)… N’avons-nous pas toujours du piment dans notre fond de cuisine ? Doux, fort, frais, sĂ©chĂ©, en poudre, confit (cliquez ici pour notre recette de piment confit), en pĂąte avec d’autres condiments et Ă©pices… Il s’invite mĂȘme au dessert depuis quelques temps, en sorbet ou en confiture (cliquez ici pour notre recette de confiture de piment vĂ©gĂ©tarien).

 

confiture de piment végétarien

 

Vous l’avez compris, le piment que nous affectionnons tant, omniprĂ©sent dans nos cuisines et nos pharmacies crĂ©oles, n’est pas un simple condiment. C’est rĂ©ellement un pilier de notre patrimoine culturel et culinaire, qui participe avec chaleur Ă  la saveur particuliĂšre de la cuisine antillaise.

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A propos de Katreen, de la TeaM Tatie Maryse

PassionnĂ©e de cuisine depuis mon enfance, j’ai rejoins la TeaM Tatie Maryse en 2016 pour participer Ă  cette aventure culinaire hors norme. CrĂ©atrice et animatrice culinaire au style Ă©clectique, j’aime aussi partir Ă  la rencontre de mon territoire et de ceux qui le font vivre. Je mets un point d’honneur Ă  approfondir mes sujets et partage avec vous mes dĂ©couvertes.

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5 commentaires

  1. Philippe Mangé dit :

    Il y a des cultures culinaires des piments, trÚs intéressante. Brûlants comme le piment lanterne rouge, subtil comme le piment oiseau réunionnais à rougail, unique comme le piment rond du Portugal.
    Confit Ă  l’huile ou au vinaigre, cuisinez le !

  2. BERNABE YANNICK dit :

    Bonjour
    Et l’origine du nom bondamanjak (le cul de la mĂšre Jak, si je ne m’abuse) ? D’oĂč vient ce nom si Ă©vocateur?
    Merci d’avance pour la rĂ©ponse

    • Katreen, de la TeaM Tatie Maryse dit :

      J’avoue que mon enquĂȘte n’a pas apportĂ© cette information. Peut-ĂȘtre une certaine Mme Jak Ă©tait-elle particuliĂšrement… affriolante. 😀

  3. Geraldine972 dit :

    Franchement bel article et la conclusion est au niveau du reste. En tout cas, il est bien vrai que ce fruit fait partie de notre patrimoine. De mon cĂŽtĂ© dans ma prime jeunesse je ne savais pas apprĂ©cier ni la cuisine ni la culture peyi et maintenant c’est via ces derniĂšres que je suis proche de notre Ăźle. En tout cas merci de la mettre en valeur.

    • Katreen, de la TeaM Tatie Maryse dit :

      Bonjour GĂ©raldine, je suis ravie que cet article te plaise.
      Nous sommes sĂ»rement nombreux comme toi Ă  ne pas avoir apprĂ©ciĂ© autant qu’aujourd’hui notre patrimoine culinaire dans notre jeunesse – probablement d’ailleurs parce que nous n’avions pas conscience de son originalitĂ© et de sa valeur. Bien souvent, c’est partir vivre ailleurs qui nous le rĂ©vĂšle. Et pour ce qui est du piment en particulier, je me rappelle que j’en faisais le plein Ă  chaque vacances en Martinique afin que le placard de ma kitchenette d’Ă©tudiante ne soit jamais vide de piment confit.

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